Germain Muller occupe une place tout à fait privilégiée à la fois comme auteur dramatique et comme comédien dans l'Alsace d'après-guerre.
Germain Muller naît à Strasbourg le 11 juillet 1923. Il est l'élève du lycée Fustel de Coulanges avant de rejoindre le Conservatoire de Strasbourg. Durant l'exode, il poursuit ses études d'art dramatique à Bordeaux où il est reçu major de sa promotion comme en Alsace. Sa famille ayant décidé de rentrer en Alsace, il termine ses études au Staats-Theater de Karlsruhe. En octobre 1943, il est enrôlé dans la Wehrmacht dont il déserte pour se réfugier en Suisse.
Interné, il organise des représentations théâtrales. Une fois libéré en 1944, il s'engage dans la 1ère armée et entre dans Strasbourg avec les troupes du général Delattre de Tassigny.
C'est en fréquentant le cabaret politique et satirique d'Alfred Rasser en Suisse que Germain Muller trouve l'inspiration de son propre cabaret. Dans son esprit, son théâtre doit jouer le rôle politique qu'assurait le Théâtre Alsacien au début du siècle.
D'autre part en associant la satire, la chanson et à la danse, le Barabli renoue avec une tradition des pays rhénans, perdue en Alsace depuis le début du siècle. Si dans ses spectacles, Germain Muller égratigne volontiers le public alsacien, il ne le blesse jamais. Cette alliance de dérision et de poésie reçoit dès les débuts un accueil enthousiaste.
Au lendemain de la guerre, l'Alsace connaît une situation conflictuelle issue des drames qu'ont vécu ses habitants. Il règne alors un climat alourdi par les tensions et les ressentiments qui empêche le dialogue de se renouer entre les alsaciens.
Germain Muller, jeune auteur et comédien parlera des évènements de la guerre alors que la majorité des alsaciens oblitère des pans entiers de son passé. Cette pièce Enfin, redde m'r nimm devun, présentée dès 1949 prendra la place de la mémoire interdite. Elle restituera aux alsaciens une continuité dans leur histoire, en faisant revivre aux spectateurs les évènements traumatiques du passé sans qu'ils ne s'en trouvent à nouveau sinistrés. On peut, à juste titre, penser qu'elle a aidé les alsaciens à dépasser les drames de la guerre. Après la première, la pièce a été jouée plus de deux cent fois sur la scène du Théâtre du Cercle des Officiers, siège du Barabli, et dans toute l'Alsace. Elle a également été enregistrée sur cassette et diffusée sur France 3 Alsace en battant tous les records d'audience. Depuis 1996, ce «monument» tant littéraire qu'historique, existe en livre dans une édition qui présente face à face la version originale et la traduction française du texte pour les non dialectophones.